CROM des Pays de la Loire

                                                                           Le Billet du Conseiller National

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Informatique, Nouvelles technologies et Liberté.


La codification de la déontologie par décret remonte à 1946. A l’époque, la déontologie était essentiellement organisée autour de la relation du patient et du médecin, dans le « colloque singulier » et le secret du cabinet.

Cette déontologie dans les rapport entre deux personnes reste bien évidemment toujours actuelle. Cependant, exercer la médecine est devenu un travail de plus en plus coopératif entre plusieurs médecins participant à la prise en charge du patient, avec l’intervention d’autres professionnels de soins. Les outils informatiques et ceux des nouvelles technologies de la communication facilitent ce travail en réseau. L’informatisation du système de santé et des dossiers médicaux est en marche, même si elle paraît aujourd’hui chaotique. L’usage des nouvelles technologies de la communication permet d’exercer réellement la médecine à distance.

Le patient, comme le médecin d’ailleurs, évolue maintenant dans des systèmes d’information.

A la déontologie du colloque singulier, viennent ainsi se surimposer d’autres devoirs de vigilance du corps professionnel dans les systèmes qui se mettent en place et auxquels il participe.

Ce devoir de vigilance porte sur les libertés individuelles.

« Le secret professionnel, institué dans l’intérêt des patients, s’impose à tout médecin dans les conditions établies par la loi. Le secret couvre tout ce qui est venu à la connaissance du médecin dans l’exercice de sa profession, c’est à dire non seulement ce qui lui a été confié, mais aussi tout ce qu’il a vu, entendu ou compris. » rappelle le code de déontologie.

Mais, comme l’écrivait Anne Marie Frison-Roche dès 1999 : « Le sort du secret professionnel renvoie à des interrogations inquiètes sur l’évolution de nos sociétés. Celles ci après avoir proprement inventé le secret sont aujourd’hui submergées par une technique, une technicité, une technicisation qu’elles adorent et elles y sacrifient – en tout inconscience, car la perspicacité technique s’accompagne d’un aveuglement éthique – les libertés de l’individu qui auraient pu s’épanouir en son sein, et qui perdent eux mêmes concomitamment leurs prétentions ».

Cette observation veut simplement souligner que les indéniables progrès qu’apportent l’informatisation de santé et la télémédecine ne doivent pas conduire à une atteinte aux libertés individuelles par des atteintes organisées ou inconscientes au secret médical.

Les données individuelles de santé doivent faire l’objet d’une protection absolue dans leur inscription informatique, leur cheminement, leur partage et leur archivage sur des hébergeurs. Dans leurs exploitations autres que celles qui s’attachent au bénéfice direct du patient - notamment lorsque ces exploitations comportent des fins épidémiologiques et de santé publique - elles doivent être anonymisées tant en ce qui concerne le patient que les médecins qui ont participé à sa prise en charge.

La logique de l’informatisation et de l’usage des nouvelles technologies doit être d’abord une logique de qualité et d’éthique médicale avant d’être une logique industrielle de « business ». Les deux ne doivent pas devenir antagonistes car c’est la technique qui doit être au service de l’homme et non l’inverse.

Ce débat ne se circonscrit pas dans les limites géographiques françaises. Il est heureux que la Commission Européenne ait mis « l’e-santé » au rang de ses préoccupations et qu’elle s’apprête à faire des Recommandations aux Etats membres de l’Union.


Docteur Jacques Lucas
Conseiller national pour la Région des Pays de la Loire
Vice Président du Conseil national, chargé de la télématique de santé.