CROM des Pays de la Loire

                                                                           Le Billet du Conseiller National

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Jeudi, 17 Décembre 2009 09:00

La télémédecine, c'est quoi ?

On parle beaucoup de télémédecine aujourd’hui. La loi HPST y consacre un article spécifique. Le président de la République lui-même a déclaré que c’était l’avenir. Quel avenir ?

Il faut apporter d’emblée une précision. Pour l’Ordre des médecins, la télémédecine c’est de la médecine à part entière qui ne fait qu’utiliser les nouvelles technologies. Dans le Livre Blanc du CNOM publié en janvier 2009, nous avions fait un petit rappel historique : lorsque Laennec a proposé d’utiliser le stéthoscope, il se plaçait déjà à distance du patient et il améliorait ainsi la qualité de l’auscultation et donc la qualité du diagnostic.

On peut mettre en exergue quelques points :
  • Ne pas confondre télémédecine et « téléassistance sociale » ou service à la personne.

Ces deux domaines peuvent être associés, mais ils sont néanmoins distincts. Par exemple, il peut être utile de développer des moyens, grâce aux TIC (1), pour maintenir à son domicile une personne âgée, dépendante ou handicapée. Mais, pour autant, cette personne n’est pas nécessairement malade. Cela va poser le sujet du financement de cette modalité de prise en charge, et l’on peut concevoir que le financement ne sera pas le même en matière de télémédecine, relevant de l’Assurance maladie au titre de la solidarité nationale, et en matière de service à la personne.
En outre, l’exercice de la télémédecine correspond à l’exercice d’une profession réglementée d’un part et sous l’empire de la déontologie médicale d’autre part. Le CNOM ne dit pas qu’il n’y a pas de déontologie en matière de service à la personne. Mais elle ne fait pas l’objet à ce jour de disposition particulière du code de la santé publique comme c’est le cas en matière de déontologie médicale. La confusion entre télésanté et télémédecine doit être levée.

  • La télémédecine ne pourra se développer qu’en organisant les coopérations entre professionnels de santé dans leurs offices respectifs près des patients.
On perçoit bien que l’ancienne notion de « colloque singulier » entre un patient et son médecin, n’est plus très adaptée. Le colloque singulier de première intention dans les réalités du quotidien se déplace souvent vers le corps infirmier. De plus en plus, les prises en charge des patients sont pluridisciplinaires. Le secret médical se fond dans les secrets professionnels des professions de santé. En matière de télémédecine, les échanges d’informations utiliseront les technologies informatiques : recueil des paramètres physiologiques, transmission de l’information, traitement à distance de cette information, décision médicale et application.
Cela reposera très largement sur le couple médecin-infirmier. Les informations qui  circulent ainsi correspondent à des données personnelles de santé. Elles doivent donc être couvertes par les secrets professionnels.
  • Selon le CNOM, il ne faut pas que les prouesses de la technologie fassent perdre de vue la dimension de la réflexion éthique et déontologique.
Les secrets professionnels garantissent les libertés individuelles. Dans tous les schémas organisationnels, le consentement du patient doit donc être librement donné et la confidentialité des données de santé doit être rigoureusement protégée. C'est-à-dire que les professionnels doivent être identifiés et authentifiés dans l’espace électronique et les accès aux échanges de données doivent être informatiquement tracés.
En ce qui concerne les modalités de recueil du consentement, un travail coopératif est actuellement en cours en France entre l’ASIP, le CNOM, les autres Ordres de santé, la CNIL et le CISS en ce qui concerne le DMP. Il porte également sur l’ensemble des systèmes d’information en santé car un dossier médical électronique sera nécessaire pour l’essor de la télémédecine. Cela vient d’ailleurs d’être souligné par la Fédération nationale des Etablissements de HAD.

Il faut centrer les préoccupations sur des besoins identifiés et concrets en fonction des pathologies et des territoires.

Il faut hiérarchiser ces besoins. Par conséquent les politiques publiques à conduire devraient :

a. Assurer l’équité dans l’accès aux soins en tout point du territoire national. La télémédecine peut y contribuer en apportant, grâce aux TIC en santé, la présence médicale et l’expertise là où elles ne se trouvent pas.

b. Privilégier la satisfaction des besoins du plus grand nombre de nos concitoyens, ce qui nous tourne vers la prise en charge sur le lieu de vie du suivi des pathologies chroniques quand le déplacement du patient n’est pas impératif.

c. Mettre en place des coopérations structurées entre professionnels de santé et entre établissements afin d’apporter la sécurité juridique en matière de responsabilités respectives et en matière de prise en charge financière des pratiques de télémédecine.

d. Permettre l’élaboration de protocoles de bonne pratique d’une part et de protocoles technologiques d’autres part, qui ne soient pas des vues abstraites ou économiquement dominantes, en laissant aux professionnels de santé et aux patients la part la plus significative dans cette élaboration.

Jacques Lucas
Conseiller national de la région des Pays de la Loire
Vice président du Conseil national de l’Ordre
Délégué général aux Systèmes d’Information en Santé

(1) T I C:  Technologies de l'information et de la communication

Les billets précédents:

HPST et REFORME DU FONCTIONNEMENT DE L’ORDRE NATIONAL DES MEDECINS

Le Livre Blanc du CNOM sur l’informatisation de la santé : Quel DMP ? Pour qui ? Par qui ? Pourquoi ?

Informatique, Nouvelles technologies et Liberté.

Déontologie et Internet.

Informer le patient est une obligation juridique et déontologique